Géorgie du Sud- une renaissance

“Les îles sont d’avant l’homme, ou pour après” Deleuze. 1953.

 

La Géorgie du Sud est une île subantarctique anglaise située au 54ème parallèle en Atlantique Sud, à 4 jours de bateau de toute terre habitée, la plus proche étant les îles Malouines.

Pénétrer en Géorgie, c’est entrer dans un monde primitif et sauvage, un écrin de nature foisonnante et intacte. Des regards intrigués s’arrêtent à la vue des quelques visiteurs étrangers parvenus jusqu’à ce jardin d’Eden. En raison de sa position géographique située dans la convergence antarctique, ses eaux sont riches en krill, ce qui en fait un lieu stratégique de reproduction de la faune marine. Ainsi, manchots et autres oiseaux marins, otaries à fourrure, éléphants de mer peuplent massivement les côtes de l’île, formant ainsi un écosystème unique au monde.

Mais si l’Homme semble absent des lieux, les traces de sa présence et ses conséquences sont partout. Car l’histoire de la Géorgie, est en fait celle d’une renaissance, et d’une virginité retrouvée. Tout commence au début du 19ème, lorsque les premiers chasseurs de phoques gagnent les eaux subantarctiques pour décimer la population d’otaries, recherchées pour leur fourrure. Un siècle plus tard, ce sont les baleiniers qui s’installent en Géorgie pour y monter une industrie de l’huile animale, très utilisée à l’époque comme combustible pour l’éclairage public, ou comme composant de produits cosmétiques. Les baleines, les éléphants et même les manchots, sont massacrés en nombre. Cette activité intense durera jusque dans les années 60, époque à laquelle les stations seront abandonnées en l’état dans plusieurs baies de Géorgie. Aujourd’hui, ces ruines subsistent, et la nature y a repris ses droits, donnant lieu à des scènes aux airs post-apocalyptiques.

Libérées des prédateurs humains, les populations animales repeuplent allègrement tous les rivages. Cette forte densité sculpte ainsi le paysage côtier, plages, falaises, rochers, buissons, grottes, îlots…Le moindre bout de terre est investi.  Les otaries, au bord de l’extinction après un siècle de chasse, avaient disparu des côtes géorgiennes. Bénéficiant d’un statut d’espèce protégée, et probablement indirectement, du surplus de krill occasionné par la diminution considérable de baleines dans les eaux territoriales, elles se comptent aujourd’hui en millions. Les immenses colonies de manchots royaux redessinent les plages, tandis que les gorfous macaronis nichant à flan de falaise, mettent la roche à nu et repoussent le tussack teintant le tout de leurs rouges excréments. Les éléphants, impassibles, s’entassent de nouveau par grappes molles et compactes, imitant à merveille le relief de buttes terreuses et de marres boueuses qu’ils creusent par leurs mouvements.

Cette renaissance résulte ainsi d’une imbrication d’actions et d’un système de “vases communicants” au fil du temps. Et le retour de cet “état de nature” ne s’est pas fait sans sacrifice. La communauté scientifique (deux bases BAS sont présentes en Géorgie) a notamment lancé d’ambitieux programmes d’éradication d’espèces introduites, telles que les rats, ou les rennes, importés par les norvégiens, et à ce jour tous abattus. Toujours accessible aux bateaux de touristes, l’île est soumise, paradoxalement à sa condition sauvage, à des réglementations drastiques concernant l’approche de la nature. Ainsi, la côte Sud, libre de rats, est désormais totalement interdite au débarquement.

La Géorgie par sa condition historique et géographique cristallise ainsi des problématiques écologiques très actuelles.

Car si ces mesures ont permis pendant un temps, un rééequilibre de ce fragile écosystème, l’activité humaine y impacte de nouveau les populations animales.

Un réchauffement de l’eau, aussi infime soit-il, entraîne des bouleversements de toute la chaîne alimentaire marine. Les poissons descendent plus au sud à la recherche d’eau plus froide, et Les zones de pêche des manchots s’éloignent considérablement de leur lieu de reproduction. Les parents ont ainsi des distances plus longues à parcourir, et ceci conduit parfois à la mort de milliers de poussins qui n’ont pu être nourris à temps.

Par ailleurs, le kril est massivement pêché depuis les années 70, et cet engouement pour la petite crevette menace directement la faune qui s’en nourrit.

En géorgie, les populations de gorfous macaronis ont diminué de 20% en 30 ans, et l’espèce est maintenant classée “vulnérable”.

On estime que si le réchauffement climatique n’est pas maîtrisé rapidement, il n’y aura, à terme, plus de manchots en Antarctique.

 

Exposition jusqu’au 31 août à Houlgate pour le festival les femmes s’exposent.

Localisation

Géorgie du Sud

Florence Joubert

Florence Joubert

Diplômée de l’ENSAD, Florence Joubert travaille dans les domaines de l’architecture, du patrimoine, et de la science, et y explore l’univers des métiers.  Elle publie par ailleurs ses récits de voyage en latitudes extrêmes dans la presse. Ses sujets de prédilection, ...

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